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Biographie |
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Suzanne Georgette Charpentier, la future Annabella, est née un quatorze juillet 1907 ou 1909 suivant les sources (très coquette, elle refusait de donner son âge) à La Varenne St-Hilaire, près de Paris. Fille de Paul Charpentier, qui introduisit le scoutisme de Baden Powell en France, elle est très vite totemisée «loutre joyeuse». «Loutre, parce que jadore nager, précise-t-elle, et joyeuse, parce que jai toujours été la championne toutes catégories des fous rires.»). Comme ses deux frères, Bébelle Anna (comme la surnomme alors son frère cadet) fait sa B.A. («Jespérais tous les jours une B.A. à raconter à papa. Un aveugle à faire traverser, nimporte quoi !»). Et se rend à bicyclette à lécole. «Le vélo, déclare-t-elle en 1981, cest ma seconde nature : même aujourdhui, je nai pas besoin de tenir le guidon !». Et dajouter : «Il faut beaucoup remercier ses parents si lon a eu une enfance heureuse : ça vous marque à tout jamais. Jusquà six ans, jai cru que tout ce qui se passait dehors était la même chose que ce que se passait dedans. Ma première déception fut dapprendre quil y avait aux bals et aux feux dartifice un autre motif que mon anniversaire
Concernant sa découverte du cinéma, elle raconte : «Toute petite, je me rappelle avoir vu Le Lys brisé de Griffith, avec Lillian Gish. Cest mon plus vieux souvenir de cinéma. Ma mère avait deux bonnes, comme on disait alors, qui ont pleuré au moment de la mort de Rudolph Valentino, en 1926.» Fan de vedettes, Suzanne Charpentier collectionne dailleurs les photos du plus célèbre latin lover du muet dont elle tapisse les murs de sa chambre et rêve de devenir actrice, comme sa tante, la tragédienne Germaine Dermoz.
Son enfance est donc particulièrement joyeuse. Sauf, se souvient Annabella, qu«il y avait deux phrases terribles : Cest lheure de la leçon de piano et Allons, venez, papa veut faire des photos !.» Cest dailleurs à cet innocent hobby de son père que la future Annabella doit davoir débuté au cinéma. «Mon père, qui était directeur du Journal des voyages, montra un jour des photos de moi à lécrivain et grand voyageur Albert tSerstevens
qui les montra à son ami Abel Gance. Cest ainsi, dit Annabella, que je décrochai jétais encore une écolière, mais on avait triché sur mon âge lun des quatre-vingt six rôles de Napoléon, celui de Violine Fleury, une jeune fille secrètement amoureuse du jeune Bonaparte dans le film quAbel Gance tourne en 1925. Quand je pense que mes pauvres parents mavaient laissé tourner le film en croyant quils allaient pouvoir me remettre en classe après. Oh ! la la ! Cest avec Abel Gance que jai trouvé mon pseudonyme. Je lisais un poème dEdgar Allan Poe, Annabel Lee, et nous avons tout simplement transformé la fin. A la maison, on ne mappelait que Zetto ou Zetou, le diminutif de mon nom, Suzanne. Je naimais pas que des gens que je ne connaissais pas mappellent du même nom que me donnaient papa et maman. Et si, sur les plateaux, on mavait appelée par mon nom de famille : Charpentier, plus à gauche; Charpentier, plus fort, jaurais cru être dans larmée. Alors, jai choisi un pseudonyme et cest devenu mon nom officiel, celui qui est sur mon passeport.»
Sa modeste participation fut presque intégralement coupée au montage de la première sortie du film en 1927. Il faudra attendre quelque 70 années pour découvrir sa prestation dans son intégralité grâce au montage de la version restaurée de six heures. Bien que discrète, son intrusion dans le monde du cinéma ne passe pas inaperçue. Le poète J.-K. Raymond-Millet salue son apparition en termes fort élogieux. Il déclare en octobre 1926 : «Lumière, lumière sur ce visage ! Il fallait, pour que Napoléon séquilibrât, toute la douceur fervente dAnnabella opposée à toute la fureur sauvage des hommes de la Révolution.» |
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Née un «Quatorze juillet»
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Elle enchaîne aussitôt avec quelques films, dont «Maldonne» de Jean Grémillon (1927), lune des rares apparitions de Charles Dullin à lécran. «Grémillon, se rappelle Annabella, était trop obsédé par une belle et indifférente actrice brune : il ne se souciait absolument pas de moi
» Puis elle tourne «La Maison de la flèche» dHenri Fescourt (1930), avec Léon Mathot, qui marque les débuts dAnnabella au parlant, «Un soir de rafle» (1931), avec Albert Préjean (avec lequel on lui prête une idylle). Elle doit à son aptitude à parler plusieurs langues sans problème dêtre engagé pour jouer dans les versions allemandes et françaises de «Barcarolle damour» (1930), «Autour dune enquête» (1931) et «Variétés» (1935), où elle a pour partenaires les plus séduisants jeunes premiers français et doutre-Rhin, Gustav Fröelich, Charles Boyer, Pierre Richard-Willm, Hans Albers, Fernand Gravey et Jean Gabin. Pendant les prises de vues de «Variétés» Annabella sera victime dun accident. Exédé par les lumières et les cris, un ours-acteur (pourtant bien tranquille) du jardin dAcclimatation bondit sur elle, frêle trapéziste. Une cheville casse. Le tournage est stoppé trois semaines. Une fois rétablie, elle termine le film et décide de soffrir des vacances en famille, au Pilat où ses parents ont une villa. De son côté, Gabin, son partenaire dans la version française de «Variétés», enchaîne avec «La Bandera» de Julien Duvivier, également interprété par une danseuse marocaine. Si, comme prévue, la dame danse bien, côté comédie, en revanche, cest une catastrophe. «Pour la remplacer, Gabin me voulait, moi. Et cest ainsi, raconte Annabella, quun émissaire chargé de me supplier et
de me ramener (le soir même !) à nimporte quel prix a débarqué au Pilat. Il avait en poche mon billet de retour pour Paris et un adorable message de Jean. Jai cédé. A larrivée en gare dAusterlitz, une limousine ma conduite aux studios de Joinville où se tournait une scène capitale de La Bandera, avec deux cents figurants. Jai eu un professeur de danses marocaines. Cétait très excitant», reconnait-elle des années plus tard. De Gabin, son partenaire, Annabella garde le souvenir de quelquun de «très attentionné, très charmant avec ses partenaires. Il était toujours très prévenant. Jaimais beaucoup Gabin. Je lui avais été tant de fois reconnaissante de me donner lui-même la réplique lorsquon me filmait en gros plan !». Il nen va pas de même avec Antonin Artaud et Conrad Veidt qui furent ses partenaires, le premier dans «Napoléon» et le second dans «Under the Red Robe». Elle disait avoir détesté tourner avec eux, tant ils étaient, «lun fou, lautre odieux».
Ses premiers grands rôles qui ont fait delle une star, lune des plus importantes dans la France de lentre-deux guerres, elle les doit à René Clair qui la dirige coup sur coup dans «Le Million» (1931) avec René Lefèvre et surtout «Quatorze juillet» (1932), où elle est Anna, la petite fleuriste aux côtés de Georges Rigaud. Dans cette uvre, écrit Olivier Barrot dans «Inoubliables» (Calmann-Lévy, Paris, 1986), «son ingénuité un peu boudeuse, sa clarté juvénile contrastaient avec lérotisme soyeux, noir et diapré de Pola Illery». Pourtant, elle conserve peu de souvenirs marquants de ces deux films. «La seule chose qui ma amusée dans Le Million, cest que jai dû apprendre à danser, à faire les pointes.» Et dajouter : «René Clair disait toujours : Le film est fini quand je commence à filmer
Deux mois avant, il senfermait en effet dans son bureau, ne voyait plus personne, réglait tout au millimètre près. Mais sur le tournage, il se déchaînait.» Annabella se souvient aussi des blagues que lui faisaient René Clair et ses copains. «On maidait à sortir par la fenêtre en me faisant croire quun producteur allemand, qui me poursuivait au téléphone et pour lequel je ne voulais pas tourner, mattendait à lentrée du studio. Cest très drôle à raconter après, mais, à lépoque, ça me paralysait ! On a raconté beaucoup de bêtises sur René : quil était exigeant, souvent de mauvaise humeur
Moi, je me rappelle lamateur de yo-yo qui sessayait, pendant les pauses, à son jeu favori, qui faisait fureur à lépoque. Dès quil avait un moment, il sexerçait à la dérobée. Lopérateur la un jour filmé en douce, et a ajouté la bande aux rushes
Pas de chance ! Au visionnage du soir, le producteur en personne à débarqué ! Nous tremblions de la prochaine engueulade que René Clair, sûrement, allait nous infliger. Pas du tout. Il était bien trop fier de son habileté enfin rendue publique. Les rushes finis, il na su que dire, triomphant : Vous avez vu. Jai réussi à faire soleil.»
Par contre, Annabella a adoré les deux films quelle a tournés sous la direction du réalisateur hongrois Paul Féjos, «Marie, légende hongroise» et «Gardez le sourire» (1932/1933). «Le premier surtout, précise-t-elle. Cest lhistoire dune petite servante, séduite et abandonnée, à qui des gens bien enlèvent son bébé et qui se retrouve au paradis, lavant par terre avec un seau en or. Quelle belle histoire et quel beau personnage ! Là, je me suis épatée. Comment est-ce que jai osé faire ça !»
Devenue la comédienne préférée des Français, Annabella tourne sous la direction de Nicolas Farkas, Julien Duvivier, Marcel LHerbier («Il était très distingué, très bien élevé», dit-elle) et Erik Charrell. Elle joue successivement une noble Japonaise («La Bataille», 1933), une jeune Berbère («La Bandera», 1935), une polonaise qui fomente la révolte des prisonniers de «La Citadelle du silence» (1937) et une princesse hongroise amoureuse dun tzigane qui a les yeux de Charles Boyer dans la version française de «Caravane» (1934). Parlant de Charles Boyer, le french lover dHollywood, Annabella déclare : « Il était adorable, mais cherchait à vous voler les scènes !» Ce qui ne les empêchera pas de rester amis pendants de nombreuses années.
Actrice comblée, Annabella est à la ville une femme heureuse. Elle est lépouse de Jean Murat (qui incarne le fantasme de nombreuses spectatrices), et la maman dune petite fille, Annie. Ensemble, Annabella et Jean Murat sont les vedettes des comédies à succès, «Paris-Méditerranée» de Joe May (1931) et «Mademoiselle Josette ma femme» dAndré Berthomieu (1933). Ils partagent laffiche de «LEquipage» (1935), daprès Joseph Kessel, également interprété par Jean-Pierre Aumont qui sera plusieurs fois son partenaire, au cinéma et au théâtre. Se remémorant ce tournage et son partenaire (quelle retrouvera quelques années plus tard pour «Hôtel du Nord»), Annabella dit : «Je ne me souviens plus de ce que jai bien pu apprendre dans LEquipage, un film que je nai pas revu depuis sa sortie, mais je sais que cest un des films où jai le plus ri, malgré son sujet peu réjouissant. Dabord, jai dit à Anatole Litvak (le metteur en scène) qui voulait que je joue dans son film : le seul personnage possible, cest celui du capitaine. Je dois reconnaître que même avec beaucoup de bonne volonté de sa part, je naurais peut-être pas été très crédible en capitaine. Jusque-là, jinterprétais les gentilles jeunes filles et je ne me voyais pas du tout en femme qui trompe son mari. Mais Leto (Litvak) et Jeff (Kessel) voulaient que je joue. Je nai pas pu leur résister. Avec Jean-Pierre, nous avions dincoercibles fous rires, se rappelle Annabella. Vous savez de ceux quon attrape avec ses camarades quand
on est en classe. On tentait bien de nous séparer un moment pour que nous reprenions nos esprits ; on nous sermonnait. Je pensais : Ce nest pas bien. Nous faisons perdre de largent à tous ces gens si sérieux. Et nous recommencions la prise de vues dans un calme olympien. Mais quelques minutes plus tard, en nous regardant de côté avec Jean-Pierre, nous repartions de plus belle.» |
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Hollywood, la Fox, et Tyrone Power
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Hollywood, toujours à laffût de nouveaux talents, commence à lui faire les yeux doux. Surtout Darryl F. Zanuck, le puissant producteur de la Twentieth Century Fox qui décide de la prendre sous contrat. Après un dernier film français, «Veille darmes», drame signé Marcel LHerbier pour lequel elle obtient en 1935 la Coupe Volpi de la meilleure actrice au Festival de Venise, Annabella part pour Londres où elle tourne la même année trois films pour la Fox : «Wings of the Morning» («La Baie du destin», 1937), film en couleur avec un jeune inconnu du nom dHenry Fonda, «Under the Red Robe», film à costumes avec Conrad Veidt signé Victor Sjöström et «Dinner at the Ritz» (1937), bluette avec David Niven. «La Baie du destin», raconte Annabella, émue, est lun de mes meilleurs souvenirs de cinéma. Jadorais les rôles de composition et, là, je devais être tour à tour une grand-mère gitane avec une perruque noire et une jeune fille déguisée en garçon. Jai renoncé aux vêtements faits pour moi sur mesures. On voyait trop que jétais une fille et jai mis un vieux costume de mon frère avec lequel il avait été à lécole toute lannée. Et tous les matins je me disais : Quils sont bêtes de me payer ! Cest moi qui aurais payé pour faire ce film !» Elle confessait aussi que Henry Fonda nétait pas insensible à son charme de petite parisienne
Pour Zanuck, la jeune française est maintenant mûre pour une carrière à Hollywood. «Ce fut une merveilleuse aventure, se souvient-elle. Un accueil de reine. Javais embarqué sur le Normandie avec Annie, ma fille, ma mère, mon frère, une secrétaire et deux chiens. Je partais honorer la suite de mon contrat.» Annabella a tout de suite le coup de foudre pour ce pays qui va très vite devenir sa seconde patrie. Après un premier film, «The Baroness and the Butler» («La Baronne et son valet, 1938), comédie de Walter Lang avec William Powell, elle tourne «Suez», film catastrophe réalisé par Allan Dwan avec Tyrone Power, qui est alors, avec Errol Flynn, le jeune premier le plus côté dHollywood. «Ma rencontre avec Tyrone est comique, raconte Annabella. Je tournais donc Suez avec lui. Comme il était une grande star, toutes les femmes lui couraient après. Cétait insensé. Je nen étais que plus froide et distante. Moi, jétais mariée et javais gardé mes habitudes de travail parisiennes : toujours manger seule, pour ne pas être distraite avant une scène, et toujours me maquiller seule. Comme cela, ajoute-t-elle, je suis vraiment le personnage quand je tourne. Entre les prises, je restais dans ma loge
Mon travail mintéressait et mabsorbait. Ce jour-là, on tournait une scène très sérieuse, où, en la personne de Ferdinand de Lesseps, Tyrone se demandait sil devait ou non percer le Canal. Jétais à genoux près de lui et je lencourageais : Mais si, mais si !. Soudain, la lumière séteint. Et tout le monde se tait
Étonnée du silence, jai été prise de fou-rire et je me suis mise à parler à haute voix. Je dis à la cantonnade, en anglais, mais avec mon accent français : Mes pauvres enfants, en France, aux studios dEpinay, les pannes, ça arrive tout le temps. Nous, on répare avec des pinces à linge. Mais ne faites donc pas tant de chichis ! Et chacun de rester silencieux, le regard fixe
Mais voyons, ça va revenir !. Enfin, la lumière se rallume et Tyrone ma expliqué quil sagissait dune minute de silence en hommage à je ne sais quel ponte de la Fox qui venait de mourir ! Jai éclaté en sanglots et jai couru dans ma loge. Autant javais ri comme une idiote, autant jai pleuré comme une imbécile. Mes faux cils se décollaient, mon rimmel coulait, la catastrophe. Vous voyez le tableau ! Je me disais : Ils vont me prendre pour une french frog (grenouille française) qui na pas de cur ! Un électricien sest approché de moi et ma dit : Finalement, il nétait pas si bien que ça, le grand ponte. Ne pleurez plus. Dwan, le réalisateur, a du avancer lheure du déjeuner. Pour me consoler, Tyrone, ma fait prier de venir manger avec lui. Il ma offert un verre de porto. Le soir, il ma minvité à dîner avant daller faire un enregistrement à la radio. Je téléphone à ma mère pour la prévenir que je ne rentrais pas dîner (toute ma famille était là-bas, avec ma fille). Jy vais comme je suis, démaquillée de toutes les couleurs et dans tous les sens, le cheveu aplati par la perruque que jai portée toute la journée, en tailleur bleu marine, avec des socquettes et en talons plats. Nous sommes allés ensemble à une fête de charité et
nous ne nous sommes plus quittés.» Exception faite pour un voyage en France où lappelle Marcel Carné qui lui confie le rôle principal d«Hôtel du Nord», avant quArletty et «sa gueule datmosphère» ne vienne lui voler la vedette. «Je trouvais sinistre ce rôle de suicidaire romantique ! Je sentais bien, aussi, que le couple Jouvet-Arletty était plus passionnant que notre duo douceâtre avec Jean-Pierre Aumont. Il nous volait la vedette ! Mais je men fichais, car je faisais ce film en comptant les jours : je savais que Tyrone mattendait au Brésil
»
En France, elle doit également régler les formalités de son divorce avec Jean Murat, qui est toujours son mari. «Il a été mon pygmalion. Il ma tout appris
Cétait un être exceptionnel. Il était beaucoup plus âgé que moi, confie Annabella, et me répétait toujours : Anna, tu es libre. Tu pourras reprendre ta liberté quand tu voudras. Plus tard, quand je lai quitté, il nétait pourtant pas très content
Cétait horrible de faire de la peine à un être aussi extraordinaire. Savez-vous ce quil ma dit ? On donne toujours des bagues de fiançailles, moi je veux te donner aussi une bague pour le divorce. Jai toujours connu le meilleur côté des êtres. Jai été choyée par la vie. Je suis restée très amie avec Jean Murat jusquà sa mort. Il est demeuré mon meilleur ami.» |
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Un mariage de stars
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Rentrée à Hollywood elle se marie avec Tyrone Power le 23 avril 1939 avec pour témoins lacteur Don Ameche (pour Tyrone) et Pat Patterson (Mme Charles Boyer) pour Annabella. «Je portais une petite robe et un petit feutre bleu pâle», se souvient la mariée. La fête a lieu dans les jardins de la grande maison de Charles Boyer à Bel Air. «La cérémonie avait attiré des dizaines de photographes que nous avons invités à boire le champagne, raconte Mme Power. Seul Zanuck avait refusé dassister à ce désastre : le mariage de sa star.» Craignant que cette union ne mette en péril les investissements engagés pour faire une star de leur cher poulain, Zanuck et les «executives» de la Fox ont tout essayé pour que Tyrone Power népouse pas cette actrice française (donc forcément légère) et
divorcée de surcroît (ce qui est vraiment trop pour le puritanisme américain de lépoque). Les dirigeants des studios iront même jusquà proposer à Annabella un contrat mirobolant pour quatre films quelle irait tourner en Grande-Bretagne ! Elle refuse, préférant sacrifier sa carrière pour rester près de Tyrone. «Les journaux parlaient de mariage de conte de fées, se souvient Annabella, mais Darryl Zanuck était fou furieux. Sa star se mariait ! Il mavait mise sur une liste noire
» Loin de nuire à la carrière du sémillant jeune premier, son union avec Annabella fait rêver toutes les midinettes, de Paris à Hollywood.
«A quelle lune de miel nous échappons !, poursuit Annabella. Embarqués à New York, sur un paquebot pris dassaut par des admiratrices, donc obligés de nous réfugier en troisième classe, nous débarquons sur un quai de Naples, arrêtés par un employé de la Twentieth Century Fox. Tyrone saccomode de notre chaperon. Pas moi. La gentillesse de Tyrone parfois mexaspère ! En fuite, à bord dune Fiat de location Tyrone a laissé lHispano à notre garde du corps nous reprenons en chur Une poule sur un mur, qui picore du pain dur
et toutes les comptines de mon enfance. Il les fredonnera à ma mère en français
»
«Des Power, dès notre mariage, japprends tout. Que depuis trois générations, les hommes de la famille se prénomment Tyrone, nom du comté irlandais quitté par larrière-grand-père. Que mon futur mari a hérité du caractère propre à ceux de son sang. Il se met en colère devant la première manifestation de bêtise. Son père : un acteur shakespearien, ami de Féodor Chaliapine. Impossible déchapper à Patia, belle-mère jalouse, et mère possessive autant quelle peut, pour avoir élevé, seule, ses deux enfants.»
Monsieur et Madame Power sinstallent dans une maison située à Brentwood, au 139 Saltair, où ils ont pour voisins Claudette Colbert et Gary Cooper. «Cétait une maison qui navait comme ouverture que des portes-fenêtres, se rappelle Annabella. Elle avait été construite par une chanteuse, Grace Moore, dont le premier film avait obtenu un immense succès. Mais le second fit un flop. Alors, elle trouva Hollywood un pays didiots et mis en vente sa maison. On lacheta laprès-midi même. Tyrone a seulement dit quil coucherait dans le jardin si on nenlevait pas le satin rose des murs et les glaces qui étaient toutes marquées à ses initiales !».
Bien des années après sa mort, Annabella pleurait toujours Tyrone. «La vie avec Tyrone était un rêve. Cétait lêtre les plus exquis, le plus gentil quon puisse imaginer. Tous les jours, il inventait quelque chose pour me faire plaisir. Cétait la perfection dans tous les domaines. Il ma comblé, ma offert les plus merveilleuses années de ma vie. Il tapissait de fleurs le chemin de la maison au garage, commandait des musiciens la nuit sous les fenêtres. Un vrai conte de fées. Si cela métait arrivé à seize ans, jaurais sûrement trouvé tout naturel que lhomme qui était amoureux de moi mette des fleurs partout, de la porte dentrée à la voiture. Mais javais déja été mariée (à Jean Murat) et je savourais chaque moment
La semaine, nous travaillions tous comme des fous, mais, le week end, cétait la fête. Il y avait table ouverte chez nous. On jouait aux devinettes, aux charades et le croquet faisait fureur. Tyrone sentraînait à lescrime et dès que nous avions un moment de liberté, nous partions seuls visiter lAmérique : Death Valley, Yellowstone, le Grand Canyon
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Annabella sen va-t-en-guerre
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Mais si Annabella naime pas beaucoup le milieu du cinéma en dehors des tournages, chez les Power, il nest pas rare de rencontrer Darryl Zanuck, David O. Selznick, Henry Hathaway, Carole Lombard, Clark Gable
ou Greta Garbo. Et aussi les compatriotes de madame en mal du pays : Charles Boyer, Julien Duvivier, André Daven, René Clair et
Jean Gabin. «Je me rappelle Gabin et Marlène à Hollywood, raconte Annabella. Un soir, chez eux, où jétais allée dîner avec Tyrone et mes amis André Daven, le producteur et sa femme, lactrice Danièle Parola. Marlène était pleine dattention pour Jean, lui passait ses pantoufles aux pieds et lui confectionnait des plats français.»
Des souvenirs dHollywood, Annabella en a de nombreux. Aux côtés de Tyrone, elle assistera à la première hollywoodienne de «Gone With the Wind» («Autant en emporte le vent») en janvier 1940. Elle jouera aussi pendant deux semaines le rôle de Julie dans la pièce «Liliom» (mise en scène de Lee Strasberg) au Country Playhouse de Westport (Connecticut) en novembre 1941. Ensemble, ils feront beaucoup de radio, interprétant, pour Lux Radio Theatre (CBS), «The Rage of Manhattan» (le 18 novembre 1940) et «Blood of Sand» (le 20 octobre 1941) et, pour Screen Guild Players (CBS), «Seventh Heaven» (le 15 décembre 1940). Sur les scènes américaines, à Broadway plus exactement, Annabella jouera, sans Tyrone cette fois, dans «Jacobowsky and the Colonel» (417 représentations du 14 mars 1944 au 10 mars 1945), spectacle produit par The Theatre Guild pour le Martin Beck Theatre et dirigé par Elia Kazan; et, au Biltmore Theatre, du 26 novembre au 21 décembre 1946, dans la pièce «Huis clos» («No Exit») de Jean-Paul Sartre, adaptée par Paul Bowles et mise en scène par John Huston. Elle retrouve, pour loccasion, son compatriote Claude Dauphin.
Lentrée en guerre de lAmérique viendra troubler la sérénité du couple. «Tyrone, raconte Annabella, suit chaque bulletin concernant la guerre à la radio. Il veut sengager. Pas pour participer à des campagnes de publicité, comme dautres vedettes. Non, lui il veut servir dans les marines, malgré son contrat avec Darryl F. Zanuck, malgré le refus réitéré des autorités. A croire quelles subissent des pressions. A lépoque, les n°1 de Hollywood partaient déjà gradés pour faire de la propagande. Tyrone et Henry Fonda nont pas voulu de ces privilèges. Tyrone va connaître le plus dur : lentraînement au camp de Pendleton, en 1943. Et partir pour le Japon
Il était très humble et très simple. Il ne savait même pas quil était beau. La première fois que je lai vu se regarder dans la glace, cest quand il a reçu son premier galon dor de lieutenant sur son uniforme. Il mavait demandé de lui passer au vernis à ongles pour quil brille mieux.»
Evidemment, Annabella ne reste pas à lattendre sans rien faire dans leur villa de star. «Je nen pouvais plus de voir les assiettes qui regorgeaient de nourriture de ce côté de lAtlantique, raconte Annabella. Cette facilité partout alors que, dans mon pays, on crevait de faim !». Elle commence par organiser des «charity barbecues» dans les jardins de sa villa pour recueillir des fonds pour la France libre : «Toutes les stars étaient venues et chacune tenait un stand où étaient vendus leurs objets personnels, se souvient Annabella. Joan Crawford vendait sa lingerie, Gary Cooper ses fusils, Fred McMurray des instruments de musique
» Puis elle fait des études dinfirmière à la Croix-Rouge et part en tournée pour le théâtre aux armées, dabord aux Etats-Unis, puis en Italie. Donnant jusquà six représentations par jour, elle vend des «war bonds» à laide dun bombardier B-25 mis à sa disposition par larmée afin de sensibiliser lopinion américaine. «Je leur étais tellement reconnaissante à tous ces jeunes qui auraient pu rester bien tranquilles en Amérique et qui venaient délivrer mon vieux pays, raconte-t-elle. Je me souviens dune représentation juste avant la grande attaque sur Bologne. On était en plein black-out. Ils avaient encore leur casque et leur fusil dans les bras. On se disait : Mon Dieu, demain, il va arriver quelque chose à lun de ces garçons !.» Elle se souvient aussi dune autre représentation quelle interrompt en plein milieu pour annoncer au public la Libération de Paris. «Des émotions comme cela, confesse-t-elle, cest la vie. Le succès dun film, cela ne vaut rien.»
En 1942, elle interprète «Blythe Spirit», la pièce de Noel Coward dans un théâtre de Chicago, quelle reprend pour les GIs sur le front italien. Infatigable, elle uvre le matin pour la Croix-Rouge et, le soir, elle se produit au théâtre des Armées («Jy ai récolté des décorations, que je porte dans les grandes occasions.», dit-elle, non sans fierté). Ce qui ne lempêche pas daccepter de tourner, en 1943, deux films de propagande, «To Night We Raid Calais» de John Brahm avec Lee J. Cobb et Marcel Dalio, et «Bombers Moon» de Charles Fuhr avec George Montgomery. |
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Un Petit Prince nommé Saint-Ex
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Cest également à cette époque quelle se lie damitié avec Antoine de Saint-Exupéry. «En 1941, jétais à Los Angeles avec mon mari, Tyrone Power, a raconté Annabella dans la revue Icare (n°84, Saint-Exupéry 1941-1943, tome V), et japprends tout à coup par des amis français que Saint-Exupéry il avait habité assez longtemps chez Jean Renoir se trouvait à lhôpital dans la même ville. Aussitôt, je prends ma voiture pour aller le voir.
Notre première rencontre date de 1935 à lépoque où je tournais Anne-Marie avec Jean Murat, Pierre Richard-Willm et dautres bons camarades, sous la direction de Raymond Bernard. Le scénario était de Saint-Exupéry, qui venait de temps en temps assister au tournage. Avec Jean Murat, qui était pilote, avec les autres qui se passionnaient pour le vol, la conversation ne tournait quautour de laviation. On évoquait des souvenirs, on sexclaffait, on parlait mécanique, et moi, la seule femme au milieu de tous ces hommes, jétais un peu perdue. Un peu jeune, un peu timide aussi, très impressionnée par la personnalité de Saint-Exupéry, je restais en marge. Je tournais mon rôle, je jouais mon personnage, bonjour, au revoir, cétait tout. Je disparaissais dès que possible. Je ne lavais découvert quà Los Angeles quand je suis allée le voir à lhôpital. Il était tout seul dans une chambre immense. Javais tout de même pris de lassurance depuis Anne-Marie et nous avons dabord évoqué des souvenirs du film. Il ma paru très heureux de voir un visage français, de parler français surtout, car, il faut bien le dire, malgré toutes ses qualités, il na jamais été doué pour les langues. Au bout dun moment, je maperçois quil y a un livre sur la table de chevet, un seul, Les contes dAndersen. Je prends le livre, je commence à lire Le petite sirène, jen lis deux ou trois lignes, je ferme le livre et je continue le texte que je savais par cur. Le contact était établi. Saint-Exupéry et moi, nous étions désormais complices. Je peux dire quavec lui je nai jamais été sur terre ! Notre point de rencontre, cétait la poésie, et nous partions ensemble pour le pays des contes de fées. Je pense quil était heureux de ce dépaysement car il sennuyait sur la terre, il sennuyait en Amérique où il se sentait perdu, ne parlant pas la langue, isolé, loin de la France. Je ne me souviens pas combien de temps Saint-Exupéry est resté à lhôpital de Los Angeles
Pour moi, les dates nont jamais eu dimportance, et pour Saint-Exupéry encore moins. Je me rappelle seulement quà sa sortie dhôpital, il est resté encore quelque temps dans la ville. Il avait loué un petit appartement très simple dans le quartier un peu en marge. Dans son petit deux-pièces, il devait rester étendu sur le dos, sans bouger, en attendant la fin du traitement.
Je partais de chez moi avec un panier de provisions et jallais le voir. Lui, étendu sur le divan, moi assise sur le sol, nous organisions notre pique-nique. Car il avait mentalement planté le décor. Au lieu de la chambre anonyme, nous pénétrions dans un paysage de rêve quil décrivait au fur et à mesure que le pique-nique se poursuivait. Quand nous étions arrivés à la fin du panier, nous étions loin de Los Angeles ! Nous étions à bord dune rivière ravissante, au milieu des prés fleuris. Jentends encore le chant des oiseaux. Tout était invention. Notre réalité.
Quand il est revenu à New York et que jétais soit en Californie, soit à Chicago où je jouais une pièce de Noël Coward, Blithe Spirit, que je devais plus tard jouer pour les GI en Italie, je recevais de lui, de temps en temps, des coups de téléphone interminables. Ecoutez, me disait-il, je vais vous lire le dernier chapitre que je viens décrire
Cest ainsi que Le Petit Prince est devenu pour moi un personnage autrement vivant, autrement présent que tous les acterus avec lesquels jai pu tourner au long de ma carrière. Cétait un lien entre nous. Et notre principal sujet de conversation, ce nétait pas le scénario dAnne-Marie, ni la politique, ni les réalités du moment, ni lévocation du passé, cétait ce Petit Prince quil avait en lui
Je sais bien que le téléphone coûte moins cher en Amérique, mais lire des chapitres entiers de New York à Los Angeles ou Chicago ! Quel dépensier, mais quel enchanteur !»
«Nous avions, avant cette période, reçu très souvent Saint-Exupéry à la maison, en Californie, poursuit Annabella. Cest alors que nous avons pu apprécier son talent de prestidigitateur, sa science des tours de cartes et ses dispositions exceptionnelles pour faire des blagues. Mon mari, Tyrone Power, était pilote, il était dun tempérament joyeux et fasciné par Saint-Exupéry. Dès la première rencontre, ils sont tombés dans les bras lun de lautre. Ils étaient faits pour sentendre. Avec Tyrone, qui parlait un peu français, Saint-Exupéry navait plus de problèmes, lui qui arrivait difficilement à placer un mot danglais tous les dix mots. Devant Saint-Exupéry faisant des tours de cartes, moi, jétais assez bon public, mais, pour Tyrone, cétait lémerveillement
Avant que nos chemins ne se séparent, nous nous sommes revue quelques fois à New York. Malgré la qualité de nos rencontres, rien ne pouvait me faire oublier lexceptionnel de nos premiers entretiens de Los Angeles. A New York, où jétais venue jouer une pièce, peu avant le départ de mon mari pour les Marines vers le Japon et moi-même pour la douloureuse Europe, ce nétait pas la même chose. Une année sétait écoulée, qui nous avait rapprochés de la guerre, chacun de nous ayant pris mieux conscience de la situation, voulant prendre ses responsabilités, participer
Cest lépoque où, jouant au théâtre, je prenais des cours avec un professeur pour perdre mon accent français. Saint-Exupéry men voulait beaucoup de cette démarche
Il me reprochait dêtre trop américaine, alors que, de mon côté, javais une immense reconnaissance pour les Etats-Unis qui allaient me permettre de retrouver mon pays libre, de retrouver mes parents, chassés de leur maison, désemparés depuis la mort de mon petit frère de dix-neuf ans, victime de la guerre. En tout cas, le point sur lequel Saint-Exupéry et moi étions bien daccord, cétait notre désir de revenir en France, Tyrone et moi sous luniforme américaine, lui sous luniforme français, avec un avion américain. Tyrone a disparu à lâge de quarante-quatre ans. Saint-Exupéry à lâge de quarante-quatre ans
Dire que je nai même pas pensé à prendre une photo où on les aurait vus tous les deux ! Cest un des grands regrets que jai en évoquant le merveilleux souvenir de Saint-Exupéry. |
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Loin de Tyrone
et des sunlights
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Mais la guerre a trop longtemps séparé Annabella et Tyrone Power. «Ombres à notre bonheur, confie Annabella : ces enfants que je ne puis lui donner. Et il tenait à fonder une famille. Ces femmes à ses trousses, aussi. Tyrone était si faible ! Sept années de mariage et je me résous à divorcer. A mon tour, je lui ai rendu sa liberté. Je ne voulais surtout pas quil puisse être malheureux.» Ils se séparent, bons amis, le 18 janvier 1948. Si Annabella ne se remariera jamais, Tyrone Power, lui, se remariera à plusieurs reprises, notamment avec lactrice Linda Christian. De cette union, naîtra Romina Power qui deviendra une amie très chère dAnnabella. Jusquà sa mort en 1958 à lâge de 45 ans, Tyrone Power restera très lié à Annabella et lui versera une confortable pension alimentaire qui la mettra à labri du besoin jusquà la fin de ses jours. «Javais gardé de tendres rapports avec lui après notre séparation. Quatre jours avant sa mort, dit-elle, nous avons dîné ensemble à Paris. Je suis dailleurs certaine que nous aurions de nouveau vécu ensemble, après léchec de ses deux mariages, sil navait pas disparu brutalement, à quarante-cinq ans, emporté par une crise cardiaque en Espagne pendant le tournage de Salomon et la reine de Saba de King Vidor
Je porte toujours lalliance quil ma passée au doigt un 23 avril. Et je mappelle toujours Annabella Power. Quand on sappelle Power, cest synonyme de bonheur.»
Lorsquelle évoque ses années de bonheur passées sous le soleil de Californie, cest toujours sans nostalgie. «Non, dit-elle, je nai pas de regrets, mais de bons souvenirs. A Hollywood, tout était possible, tout était permis. Je me rappelle encore très bien dune party donnée par Hearst, le magnat de la presse. Cétait dans une somptueuse villa sur la plage, tous les murs avaient été garnis de gardénias blancs et des cacatoès voletaient en tous sens
La vie nétait quun jeu à cette époque
Beaucoup dacteurs américains avaient du talent, mais je crois que jaimais surtout Henry Fonda et Gary Cooper. Maintenant ? Regardez en France : les comédiens sont tous affreux, mis à part Delon
»
Avant son retour aux Etats-Unis, Annabella tourne un dernier film américain, «13, rue Madeleine», sous la direction de son ami Henry Hathaway. Dans ce film, elle incarne une résistance française aux côtés de James Cagney. «Monsieur Cagney (je ne lai jamais appelé autrement) était très mystérieux, se souvient-elle. Entre les scènes, il ne parlait à personne. Il sinstallait seul dans un coin avec sa guitare. Cétait un très bon partenaire, plein de charme et de gentillesse. Mais on navait pas de contact avec lui. Ce nétait pas gênant parce que dès quon tournait, il était son personnage. Oui, jen garde le souvenir dun homme étrange et extraordinairement sympathique.»
Réinstallée à Paris, elle tourne encore quelques films français («LEternel conflit», 1948, avec Michel Auclair, «Dernier amour», 1948, avec Georges Marchal, «LHomme qui revient de loin», 1949, avec Paul Bernard) et espagnols («Don Juan», 1950, avec Antonio Vilar). En 1954, elle quitte définitivement les studios. «Rien ne mintéressait parmi les propositions qui métaient faites. Et puis, ajoute-t-elle, sincère et lucide, mon statut changeait. Jétais devenue moins commerciale. Aussi, ai-je décidé de marrêter de tourner. Charles Boyer me disait : Tu ne peux jouer que les amoureuses. Il faut savoir se retirer. Jai adoré ce métier comme une folle, malgré les inconvénients dun milieu que je détestais. Quand, à la fin des années 40, on a fini par ne plus me reconnaître dans lautobus, je me suis finalement sentie soulagée ! Libre. Vous ne pouvez vous imaginez ce quétaient les contraintes dune star, au cur des années 30.»
Interrogée sur son passé de vedette de lécran, elle dira, bien des années plus tard : «Le cinéma, pour moi, a toujours été un jeu merveilleux que je ne prenais pas au sérieux. Jétais surtout ravie dinterpréter des héroïnes qui ne me ressemblaient pas. Je nai jamais été aussi fière, par exemple, que sur le tournage de Wings of the Morning avec Henry Fonda. Jétais censée my déguiser en adolescent; et les techniciens mont réellement prise pour un jeune garçon ! Jaimais ce challenge.»
Dès lors, Annabella se partage entre la France et les Etats-Unis où elle se rend plusieurs fois par an pour voir sa fille et rendre visite à ses nombreux amis américains, dont Gary Cooper, Henry Fonda et lactrice Patricia Neal. Cest dailleurs par amitié pour cette dernière quAnnabella se ira à sa place à la cérémonie des oscars en 1964 pour y recevoir des mains de Gregory Peck loscar de la meilleure actrice de second rôle remporté par Patricia Neal pour son interprétation dans «Hud» («Le Plus sauvage dentre tous») de Martin Ritt avec Paul Newman. |
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Fermière et visiteuse de prisons
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En France, Annabella vit tantôt à Paris, où elle habite un appartement, tantôt dans sa ferme de Saint-Pée-sur-Nivelle (petite bourgade située en plein Pays Basque non loin de Saint-Jean-de-Luz et réputée pour la qualité de ses gâteaux basques), où elle va vivre, un temps, avec lécrivain Jules Roy (cest là quil écrira lun de ses plus beaux livres). A Saint-Pée-sur-Nivelle, lex-actrice ne sort que pour aller faire ses courses chez les commerçants de cet agréable village et défiler, le 14 juillet, à la tête des pompiers, dont elle est la marraine dhonneur. Elle vit entourée de son oie Tootsie, son chien-loup, son boxer Nora, son chat blanc et orange, son âne Brin damour et de ses moutons. Elle est fière de son étable modèle et de ses vingt-cinq vaches hollandaise qui, traites électriquement, fournissent le lait quelle vend sous létiquette «Contra Mundo», du nom de sa ferme blanche aux volets verts. «La ferme, cest beaucoup de travail. Douze litres du bras droit, douze litres de lait du bras gauche, ça équilibre. Je narrête pas, jai toujours quelque chose à faire.»
De 1964 à 1974, elle change de nouveau de rôle en devenant visiteuse de prisons. «Jai été visiteuse de prisons pendant dix ans, puis je me suis occupée de ma paroisse, Saint-Pierre-de-Chaillot. Je voudrais tant que les jours aient trente-six ou quarante-huit heures. Un jour, à la télévision, jai entendu une des actrices françaises les plus connues, toujours aussi ravissante (B.B.), dire quelle avait détesté sa carrière, détesté les voyages et pas particulièrement apprécié la maternité. Cest affreux. Moi, jai toujours adoré ma carrière, toujours adoré la vie.»
Interrogée a lépoque où elle était encore visiteuse de prisons, elle explique, au moment où elle venait témoigner en faveur de Pierre Goldman aux assises dAmiens, en mai 1976 : «Je nai pas été touchée subitement par la grâce. Mais cest mon père qui a introduit le scoutisme en France et, à 10 ans, je faisais ma B.A. quotidienne. Plus tard, jai continué à moccuper daide aux défavorisés. Javais ainsi organisé le voyage de labbé Pierre à New York. Je moccupe même des collectes de vêtements pour la paroisse, ici. Voici onze ans, jai décidé daider les prisonniers. Je suis allée au ministère de la Justice poser ma candidature. Il y a eu une enquête chez ma concierge et jai été convoquée au commissariat. Javais limpression que cétait moi quon allait mettre en prison. Bien sûr, cest fatiguant. Mes journées commencent à 10 heures et se prolongent jusquen fin daprès-midi
On imagine mal lisolement de ces garçons, surtout les plus jeunes. Pour la plupart, ils viennent de lAssistance publique ou de foyers désunis. Cest là où le visiteur joue un rôle important. En les mettant en confiance, en leur faisant raconter leur vie davant, nous les aidons à comprendre quils ne sont pas coupés du monde. On ma souvent demandé sils ne nous sont pas parfois hostiles. Je vous assure que non. Même quand le contact est difficile. Je me souviens dun détenu qui avait demandé une visiteuse, raconte encore Annabella. Jy vais, je trouve un costaud, un paysan normand. Pendant deux heures, je lui parle de son métier, de son pays. Rien. Je nobtenais que des grognements. Persuadée que je ne lui étais daucune aide, je renonce à aller le voir et japprends quil chantait mes louanges aux autres détenus. Il faut beaucoup de patience. Les résultats ne sont pas toujours évidents. Jai souvent été découragée. Je me suis toujours reprise, refusant de croire à léchec, même si un délinquant retombe. Mais il ne sagit pas de dire que ce sont des saints, des martyrs. Certains ne valent pas cher. Un dominicain, un jour, maffirmait : Il faut voir le Christ dans chaque homme. Jai hurlé : Ah ! non alors !» Pensive, elle explique encore : « Etre visiteuse, cest être un trait dunion entre le monde et les détenus. Ils attendent quon leur raconte ce qui se passe à lextérieur. Cest moins évident maintenant quils ont télévision et journaux, mais il y a quelques années, le jour où les Américains ont marché sur la Lune, jétais aphone tant ils mavaient posé de questions à Fresnes
Libérés, ils ne donnent plus signe de vie. Mais quand, quelques années après, ils menvoient un mot, quel cadeau.»
Parallèlement, elle se consacre à des uvres caritatives : elle est même à lorigine dune association de donneurs de sang, qui sauvera pas mal de vies. |
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Annabella forever
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En dehors des multiples et répétitives diffusions de seulement quelques-uns de ses films, ses admirateurs auront peu loccasion de la voir sur leur petit écran. Annabella acceptera toutefois dêtre linvitée de Nicole André à «Aujourdhui la vie» en 1985. A toutes les invitations qui lui étaient faites de participer à des émissions, lactrice répondait toujours : «Annabella, cest fini ! Pourquoi parler de moi qui ne tourne plus depuis 1950 ?» Mais elle cède à Nicole André qui devra attendre un an et demi, malgré le courrier abondant quelle recevait, émanant de téléspectateurs qui souhaitaient la venue de la star sur le plateau d«Aujourdhui la vie». «Jai lu plusieurs lettres, déclare Annabella. Cest émouvant la fidélité du souvenir. Il naurait pas été très courtois de ma part de ne pas répondre à des gens qui se souviennent si gentiment de moi.» Quant à Frédéric Mitterrand, cest en fan de la première heure quil lui demandera de participer à la centième d«Etoiles et Toiles» en 1985. «Cest un clin dil fondé sur des relations affectueuses, dit-elle. Jai accepté de participer à lémission de Frédéric Mitterrand parce que cest un ami. Il ma dit : Rendez-moi un service : participez à mon émission. Que je lui rende service, moi, avec le nom quil porte, lui ! ça ma fait beaucoup rire.» Frédéric Mitterrand linvitera à nouveau en 1989 pour une émission spéciale de «Du côté de chez Fred» consacrée aux stars françaises dHollywood. Capucine et Jean-Pierre Aumont étaient aussi présents sur le plateau.
«Jaime les amis, jaime lamitié. Jai des amis partout dans le monde. Cest ce qui maide à vivre, se plait-elle à dire. Chaque fois quun de mes films (jen ai fait une cinquantaine) passe à la télévision, je reçois quelques cartes. Cest touchant et cest un encouragement. je réponds toujours.» Cest aussi par amitié pour un jeune réalisateur-scénariste et décorateur français, Pierre-Jean de San Bartolomé, qui cherchait en vain une comédienne dont la seule image, à demi dissimulée derrière une voilette de deuil, évoquerait de fabuleuses errances et de lointains voyages , quelle acceptera de jouer dans un film, le temps de quelques scènes. «Ecoute, je te la ferai ton impératrice, si vraiment tu ne trouves personne», lui promit-elle, pensant quil sagissait dun court métrage. Entourée de Sophie Duez, André Dussollier et Jean Sorel, elle incarne la comtesse Zita dAutriche, une femme mythique, souveraine de rêve des derniers jours de lEurope centrale dans «Elisabeth», long métrage réalisé en 1985. «Non, non, proteste-t-elle en riant, ce nest pas mon retour au cinéma ! Il ne sagit que dun coup de cur et damitié ! Cest juste un clin dil amoureux au cinéma que jai tellement aimé et au public, dont la fidélité me touche toujours, confie-t-elle lors du tournage près du lac dEnghien. Jamais je navais joué les impératrices à lécran. Jai été marquise dans La Bataille, princesse dans Caravane. Cela ma amusée de devenir souveraine le temps de quelques apparitions car elles ne durent pas longtemps. Incarner une créature mythique, cétait excitant. Je naurais jamais fini par dire oui si javais dû jouer une femme ordinaire. De plus, lhistoire dElisabeth, cest tout ce que jaime au cinéma : la poésie, le mystère, le suspense, le romanesque. Si on y ajoute lhumour, vous saurez également ce que je naime pas dans un certain nombre de films contemporains ! Mais cest une autre histoire. Pour en revenir au film, il sagit dElisabeth dAutriche. Une jeune actrice doit jouer Laigle à deux têtes, de Jean Cocteau. Elle se met à rêver. Elle y met tant de passion quelle finit par se couper de tout son entourage. Un jour, une femme inconnue laborde. Cette femme apparait ensuite sous les traits de limpératrice Zita. Elle lui donne des conseils. Mais est-ce un personnage réel ? Imaginé ? Tout est là. Jai lâge de jouer les grands-mères, mais ne jen ai pas lâme. Si je ne me regarde pas dans un miroir, jai vingt ans.» Ce sera sa dernière apparition au cinéma. Elle nen démordra pas, pas plus quelle nacceptera décrire ses mémoires, malgré les mille et une sollicitations quelle a reçues : «Dabord parce que tout le monde le fait, dit-elle. Et que jai horreur de faire comme tout le monde. Ensuite, parce que le cinéma na été quune partie de ma vie. Il y a eu aussi la guerre, les enfants, les prisons
Et surtout lamour. Il faudrait douze volumes pour raconter toutes ces vies !»
Cest dans son appartement de Neuilly-sur-Seine, où elle reçoit encore quelques amis fidèles et où elle vit en compagnie de son chat et de sa fidèle chienne Nora, quAnnabella nous a quittés, discrètement le 18 septembre 1996. Quelques années auparavant, elle avait déclaré : «Quand je vois un film delle (il arrivait à Annabella de parler à la troisième personne dAnnabella la comédienne), cest comme si je voyais jouer ma cousine ou une bonne amie. Mais en même temps que les images, je revois ce qui se passait réellement dans ma vie à ce moment-là
Cest passionnant. Mon existence a été un conte de fées. Je nai pas vécu une vie, mais dix, et bien remplies. Alors, forcément, il y a des souvenirs qui émergent, plus que dautres
Si on adore la vie comme moi, on est assez excité par la mort. Je suis sûre que jai des rendez-vous là-bas. Je ne comprends pas que les gens nen soient pas plus curieux
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Ses traits de caractère :
humaine, fidèle en amitié, vive, enjouée, pudique, discrète, impatiente, curieuse. |
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Ses loisirs :
la marche, la natation, la lecture, les voyages, le cinéma. |
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Les hommes quelle admire :
De Gaulle, labbé Pierre, le pape Jean-Paul II, Anouar El-Sadate, Alexandre Soljenitsyne, Samuel Pisar.
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Paroles dAnnabella
Annabella talks |
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«Pour les femmes qui nont vécu toute leur vie que de leur sex-appeal, il nest pas facile de vieillir. Mais moi, je ne me regarde pas dans les glaces. Et comme jai la chance de ne pas sentir mon âge, je nai pas limpression davoir changé. Et puis, jai toujours eu dautres richesses que mon physique : je suis riche damitiés. Quand je regarde une mappemonde, je pointe avec mon doigt tous les pays où je peux aller : jai des amis partout.»
«On ne ma jamais mise en scène pour de vrai. On me traitait comme une gosse. Ce nest quaux Etats-Unis que jai appris enfin à être adulte.»
«Le film dont je garde le meilleur souvenir, cest celui pendant le tournage duquel je me suis le plus amusée !»
«Le cinéma, pour moi, na été quune façon de prolonger mon enfance. Ce nest pas la chose la plus importante de ma vie. Ce sont les sentiments qui comptent le plus.» |
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Annabella, de A à Z |
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A
comme Annabella, son pseudo inspiré par le poème «Annabel Lee» dEdgar Allan Poe |
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B
comme Boxer, sa race de chien préférée. |
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C
comme Catholique. Elle était une fervente pratiquante. |
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D
comme Darryl F. Zanuck, lhomme le plus puissant de la Fox, qui essaya dempêcher son mariage avec Tyrone Power. |
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E
comme «Elisabeth», le titre de son dernier film tourné en 1985, sous la direction de Pierre-Jean de San Bartolomé. |
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F
comme Frères. Elle en avait deux. Le plus jeune trouvera la mort pendant la guerre à lâge de 17 ans en voulant échapper au S.T.O. (Service de Travail Obligatoire que devaient effectuer les Français en Allemagne). |
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G
comme Guerre. Elle sest beaucoup investie pendant la Seconde Guerre mondiale.
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H
comme Hollywood où elle a vécu pendant dix ans (1937-1947). |
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I
comme Ingénue, son emploi à ses débuts. |
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J
comme Jean (Murat), le prénom de son 1er mari. |
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K
comme Kazan (Elia). Lun des metteurs en scène, avec Lee Strasberg et John Huston, qui lont fait jouer en vedette sur les scènes de Broadway. |
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L
comme Loutre joyeuse, son surnom chez les scouts. |
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M
comme Maman. Elle était la mère dune fille, prénommée Annie. |
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N
comme «Napoléon», titre de son 1er film. |
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O
comme Oscar. Celui quelle reçut pour Patricia Neal en 1964.
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P
comme Power (Tyrone), le nom de son second mari. |
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Q
comme Quatorze juillet, son jour de naissance et le titre de lun de ses plus grands succès. |
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R
comme René (Clair), le réalisateur qui fit delle une vedette du cinéma français. |
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S
comme Saint-Pée-sur-Nivelle, dans le Pays Basque où elle avait sa ferme. |
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T
comme Twentieth-Century-Fox où elle était sous contrat à Londres, puis à Hollywood. |
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U
comme United States Treasury Department, qui lui décerna une distinction pour services rendus en novembre 1943. |
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V
comme Visiteuse de prisons, activité quelle a exercée pendant une dizaine dannées. |
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W
comme Werner (Oscar). Cet acteur fut, un temps, le mari de sa fille Annie. |
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X
comme lidentité du père de sa fille quelle a préféré garder secret. |
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Y
comme Yo-yo. Cétait le passe-temps préféré de René Clair entre les prises de vues du film «Le Million», interprété par Annabella. |
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Z
comme Zette (Zetto ou Zetou), le surnom que lui donnait ses proches. |
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Tous droits réservés © Annabella Forever Contact / Crédits. 
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